Photo sous-marine en apnée : 5 conseils pour bien débuter

La photographie sous-marine en apnée : état des lieux

La photographie sous-marine connait un engouement certain depuis quelques années. Nous voyons même apparaître des photographes exclusivement « apnéistes ». Sans bloc sur le dos, à l’aide d’une configuration « légère », « maniable » et d’une grande liberté de mouvement, les apnéistes proposent une vision différente de celle des plongeurs en bouteille. Certains champions d’apnée ont décidé de partager leur vision sous-marine. Le couple Guillaume Néry / Julie Gautier nous donne une vision sous-marine très artistique à travers leurs photographies (et leurs vidéos). Dans un autre registre, Frédéric Buyle réalise des images a visée plus scientifique et environnementale. De manière générale nous avons aussi plus de photographes apnéistes, qui font de l’apnée pour la photographie sous-marine, à la recherche de spontanéité. Une sensation de liberté et proche de la nature se dégagent de ce type d’images…Et si, comme ces « hommes – poissons« , vous souhaitez partager votre vision du monde sous-marin ? « Houlala ! Trop dur ! » me direz-vous…Et bien pas tant que ça ! 😉

A travers cet article, je vais vous donner quelques conseils pour débuter cette merveilleuse activité. Il s’agit ici de mon expérience (très) personnelle, influencée par ma philosophie de vie et ma manière de voir la photo en apnée. Il ne s’agit pas d’un travail scolaire visant à vous apprendre de quoi est composé une optique ou comment utiliser un logiciel pour faire de vos photographies ratées des chefs d’œuvres ! Non, en ce début 2018, j’ai simplement envie de vous donner quelques outils pour réussir vos photographies au moment de la prise de vue. C’est parti !

Conseil n°1 : Devenir apnéiste !

En toute logique, avant de se balader sous l’eau avec un appareil photo, il est bien d’apprendre quelques rudiments en apnée (et sans appareil photo). Il ne s’agit pas de devenir champion du monde ! Un minimum d’aisance et une bonne connaissance des règles de sécurité de base sont nécessaires. La technique de l’apnée doit se faire oublier lorsque vous avez un appareil photo dans les mains. Imaginez-vous un instant en train de penser à votre palmage, votre lestage ou votre respiration alors que vous devez vous concentrer sur l’image que vous aimeriez réaliser… Et je ne parle pas des immersions en canard non maitrisées qui feront fuir tous les poissons sur 50 mètres à la ronde.Un minimum d’aisance est donc essentiel. Un « joli canard » (un minimum silencieux), suivi d’une évolution sous l’eau entre 5 à 10 mètres de profondeur suffiront à réaliser la grande majorité de vos clichés. Sans compter que beaucoup d’ images peuvent être prises dès la surface.

Conseil n°2 : Bien choisir son matériel

Avant de choisir son matériel, il est bien de voir un maximum d’images sous-marines. Vous pouvez même créer un dossier de vos photographies préférées. Les images sous-marines se trouvent n’importe où sur internet. Les réseaux sociaux tels que Facebook ou Instagram ont une quantité phénoménale de clichés réalisés sous l’eau. Vous trouverez aussi de belles images dans la presse ou les livres spécialisés. Dans un second temps, mettez en évidence dans ce dossier, le type de photographie que vous aimeriez réaliser. Vous pouvez faire un « top 10 » ou « top 5 » et voir si un style, une tendance ressort de votre sélection. Vous allez vite vous rendre compte que deux styles très différents sont légions : le « grand angle » (prise de vue lointaine, de paysage sous marin) et la « macro » (prise de vue proche de la faune et la flore, en gros plan). Et bien souvent, les apnéistes utilisent principalement le grand angle. Et cela pour plusieurs raisons : les apnéistes aiment la mobilité ! En macro, l’utilisation d’un flash est obligatoire…Le choix du « grand angle en lumière naturelle » offrira de multiples possibilités de prise de vue « à l’image de l’apnée ». C’est à dire proche de la surface (entre 0 et 20 mètres) et une vision « large » en comparaison avec les plongeurs en bouteille, qui peuvent aussi avoir la vision « macro » (ils peuvent observer un nudibranche durant 10 minutes et régler l’appareil, le flash…etc…Très difficile en apnée). Le photographe devra alors jouer avec la lumière du soleil

Le moment est venu de choisir sa « configuration« . Celle-ci va dépendre du type de photographie que vous souhaitez réaliser mais aussi de plusieurs autres critères :

  • Tout d’abord : que souhaitez-vous faire de vos photographies ? Un apnéiste qui souhaite réaliser les photos de ses prochaines vacances sans plus de prétention ne va sans doute pas investir autant d’argent qu’un apnéiste-photographe souhaitant être publié dans la presse spécialisée.
  • La fonction « Manuel » (M) disponible, car sous l’eau il va falloir oublier les réglages automatiques 😉
  • Bien entendu : l’accessibilité du mode « Manuel » via le caisson. Aujourd’hui nous pouvons en trouver à tous les prix…Voici quelques marques reconnus : Ikelite, Sea & Sea, Nauticam, Aquatica, Hugyfot…Certaines marques ont crée leurs propres caissons pour leurs « compacts » (Canon, Sony, Olympus…). Le marché de l’occasion fonctionne bien. Vu le prix du matériel, les photographes en prennent soin. (Mon reflex n’a jamais quitté son caisson…Il est comme neuf ! ;))
  • Si vous souhaitez plutôt faire du « grand angle en lumière naturelle », il faudra penser à une optique adaptée et l’ ajouter à votre compact ou votre reflex, ainsi qu’un hublot spécifique « grand angle ». Il en va de même si vous êtes plutôt attiré par le style de photographie « macro ». L’ajout d’un flash et hublot adaptés seront nécessaires.

Vous l’aurez compris, le choix du matériel dépend surtout du type d’image que vous souhaitez réaliser (grand angle ou macro). Mais aussi de votre budget et de votre motivation. Ces deux critères sont très liés, une personne très motivée trouvera la ou les manières de financer son équipement. Il sera aussi plus apte à progresser et faire de belles images rapidement, car il sait ce qu’il veut.

Pour débuter, il est tout à fait possible de commencer par un compact ou hybride avec un caisson permettant l’accès à toutes les fonctions de l’appareil photo (notamment le mode « Manuel ») et en option : l’optique grand angle.

Conseil n°3 : Bien connaître son appareil photo

Avant de chausser les palmes, il est nécessaire de connaître les fonctionnalités de bases de votre appareil. Mais aussi comment accéder aux réglages. Prenez le temps de lire le manuel d’utilisation ! Une fois que vous avez appréhender votre appareil sans le caisson, positionnez-le dans le caisson et essayer d’allumer votre appareil…La première fois que j’ai mis mon reflex dans un caisson, il m’a fallu plusieurs secondes pour trouver le bouton « ON » et quelques minutes pour retrouver l’accès aux réglages « Manuel ». Il vaut mieux éviter d’avoir à le faire sur un bateau ou le tuba en bouche.

Entrainez-vous sur la terre ferme, sans le caisson, puis avec. Prenez des photographies en mode automatique au début et essayer de passer rapidement au mode manuel. Faites des tests, jouer avec l’éclairage de votre chambre ou votre salon.

photo : Lucille Saliou

Avant de passer aux choses « sérieuses », faites un test d’étanchéité. Positionnez du papier essuie-tout ou absorbant dans votre caisson (donc votre appareil reste sur la terre ferme), et allez nager avec votre caisson. Si vous avez l’opportunité de le tester en profondeur c’est mieux. Il s’agit de descendre à 8-10 mètres et de presser sur tous les boutons. De retour chez vous, vérifiez l’état de vos morceaux d’essuie tout. Si tout est opérationnel, vous pouvez chausser vos palmes (enfin ! ;))

Conseil n°4 : Avoir quelques notions « techniques »

En plus de la technique propre à l’apnée, vous devez connaître quelques rudiments techniques sur la photographie. Il ne s’agit pas de devenir un intello du pixel mais comme disait le poète : « Sans technique un don n’est rien qu’une sale manie » (G. Brassens. Oui j’avoue, je suis un grand fan de Georges). Certains penseront et vous diront qu’ils ont du talent sans se soucier des réglages de l’appareil, que c’est « inné »…Foutaises et attrape-nigaud ! Dans la photographie sous-marine et dans l’Art en général, si vous pensez avoir un quelconque talent, vous devrez fournir un minimum de travail. Avec de la chance, quelques photos sortiront du lot. Mais l’objectif n’est-t-il pas de réussir la majorité de vos clichés sous-marins avec une certaine régularité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au moment d’appréhender les réglages manuels de votre appareil photo, amusez-vous à jouer sur les 3 réglages principaux. A savoir, les ISO, l’ouverture du Diaphragme et la Vitesse d’obturation. Ne montez pas trop les ISO, essayez de fermer un peu le « diaph » et évitez de régler la vitesse trop lente (pas en dessous de 1/50s). Je vais m’abstenir de trop rentrer dans les détails car il me faudrait un article complet pour vous expliquer chacun des réglages. Faites des tests ! Et surtout forgez-vous votre propre expérience.

Lorsque vous déclenchez une photo, posez vous la question du « cadre ». La composition de l’image est une notion très importante. C’est là que nous voyons si un photographe a le « coup d’œil » ou pas… Il s’agit d’appréhender la règle des tiers, les différentes échelles de plan, la direction de l’image, les angles de prise de vue et les différents plan…

Avec ceci en tête, vous aurez toutes les clés en main pour maîtriser et réaliser vos images et ne plus compter sur la chance.

Conseil n°5 : Développer sa créativité !

Développer sa créativité n’est pas chose aisée. Le plus important est de connaître les règles et la technique. Ensuite, vous pourrez vous amuser à « déconstruire » vos images. Picasso, avant de créer le cubisme savait très bien dessiner et de manière très réaliste. Il avait une technique et un savoir-faire impeccables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entrainez-vous ! Passer du temps, des heures dans l’eau. Faites des essais de réglages puis posez-vous des questions. Essayez d’avoir une réflexion sur ce que vous souhaitez montrer à votre public. Et vous verrez, si vous pensez votre image avant, vous aurez déjà une idée des réglages de votre appareil photo à la surface…Et durant votre « Breathe up » (respiration de préparation avant votre apnée), vous pourrez tranquillement régler votre appareil.

Développer sa créativité en photographie sous-marine est aussi une affaire de choix. Vous pouvez choisir un sujet en particulier et essayer de le photographier sous tous les angles. Vous pouvez demander à votre binôme de « rejouer » exactement la même scène. Faire l’immersion à tel endroit, se diriger vers ce rocher en particulier et faire ce mouvement. Ceci est un bon entrainement. Vous développerez des réflexes, des réglages et une manière de voir la « lumière » qui vous appartiendra. Puis avec de la patience, vous développerez un instinct créatif. Il vous servira, par exemple, le jour où un banc de poissons très méfiants passera sous vos palmes… Là, vous ne pourrez pas leur demander de rejouer la scène 😉

En guise de conclusion, j’aimerai partager avec vous le lien d’un forum de qualité. Il s’agit du petit forum de la photo sous-marine. Les membres sont en majorité des plongeurs en bouteille mais ils sont de fins techniciens, passionnés et ils répondront à vos questions techniques avec enthousiasme. Ils pourront même donner un avis sur vos photographies.

Si vous souhaitez me poser des questions sur votre pratique de l’apnée ou de la photographie, n’hésitez pas. Je me ferai un plaisir de vous répondre et partager ma passion. Pour tous renseignements sur les stages et formations sur la photographie en apnée, je vous invite à regarder le calendrier des stages 2018. De manière générale, j’organise 2 stages par été, mais il m’arrive régulièrement de donner des cours particuliers.

 

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager. Merci pour votre attention et à bientôt sous l’eau 😉